On rebat les cartes avec Jules Romains : 2) La carte de la pénétration médicale de Knock

Knock ou le triomphe de la médecine, la célébrissime pièce de théâtre de Jules Romains contient une carte d’un style très différent de celle des Copains. Peu remarquée, elle sert de point de départ à une analyse au long cours, qui nous emmène bien au-delà de l’image habituelle du médecin de village, escroc et charlatan.

Knock, or the Triomph of Medecine, Jules Romains’ famous play contains a map in a very different style from that of Les Copains.Albeit unnoticed, it serves as a starting point for a quite lengthy analysis that takes us far beyond the usual image of the village doctor, swindler and charlatan.

English Français Reference

Français

La première de Knock eut lieu en 1923 à la Comédie des Champs-Elysées dans une mise en scène de Louis Jouvet. Il y jouait le rôle de Knock comme dans ses nombreuses reprises ultérieures au théâtre et dans les deux films qui en ont été tirés, l’un en 1933 et l’autre en 1951. Deux autres films ont été adaptés de la pièce ; le premier dès 1925, le second très récemment en 2017, dans lequel Omar Sy incarne Knock et dont le scénario s’éloigne sensiblement du texte de Jules Romains. Les illustrations de ce billet viennent du film le plus célèbre, réalisé en 1951 par Guy Lefranc .

On rappelle l’argument de la pièce. Le docteur Knock a racheté la clientèle du Dr Parpalaid à Saint-Maurice, un bourg de montagne situé possiblement dans les Alpes, en tout cas à une certaine distance de Lyon, où Parpalaid va s’installer pour terminer sa carrière. Knock découvre à son arrivée que cette clientèle est rare. Qu’à cela ne tienne, il va la développer rapidement grâce aux méthodes entièrement neuves qu’il a conceptualisées dans sa thèse de

(…) trente-deux pages in-octavo : Sur les prétendus états de santé », avec cette épigraphe que j’ai attribuée à Claude Bernard :  » Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent.« 

La carte de Knock

La carte intervient à la fin de la pièce, quand Parpalaid revient à Saint-Maurice trois mois après l’installation de Knok pour toucher la dernière échéance de son paiement. Il découvre alors que celui-ci a prodigieusement développé sa clientèle à coups de consultations gratuites, durant lesquelles il persuade les habitants de Saint-Maurice qu’ils sont malades, doivent se mettre au lit immédiatement et suivre les traitements rémunérés du bon docteur.

Pour démontrer sa réussite, Knock présente d’abord au Dr Parpalaid deux courbes ascendantes qui figurent le nombre de ses consultations et le nombre de ses malades à domicile, qui atteignent des sommets que le vieux docteur n’avait jamais imaginés. Il découvre que Knock tient aussi un fichier de tous ses patients dont il connaît les revenus mieux que le contrôleur des impôts. On comprend qu’il se sert de cette information pour adapter le coût de ses traitements aux moyens du « malade ».

Knock conduit ensuite Parpalaid vers le mur de son cabinet :

KNOCK, souriant.
[…] Regardez ceci : c’est joli, n’est-ce pas?
LE DOCTEUR
On dirait une carte du canton. Mais que signifient tous ces points rouges?
KNOCK
C’est la carte de la pénétration médicale. Chaque point rouge indique l’emplacement d’un malade régulier. Il y a un mois vous auriez vu ici une énorme tache grise : la tache de Chabrières.
LE DOCTEUR
Plaît-il?
KNOCK
Oui, du nom du hameau qui en formait le centre. Mon effort des dernières semaines a porté principalement là-dessus. Aujourd’hui, la tache n’a pas disparu, mais elle est morcelée. N’est-ce pas? On la remarque à peine.

On déduit de ces dialogues que la carte de Knock est une carte ponctuelle de type « punaises », sur laquelle chaque malade régulier de Knock est matérialisé par un point rouge, choix sémiologique qui rappelle une éruption cutanée du type eczéma ou varicelle et qui renvoie, consciemment ou inconsciemment, à l’univers médical.

La carte de la pénétration médicale (Knock, 1951)

La carte que l’on voit dans le film de 1951 réalisé par Guy Lefranc n’est pas très distincte sur la vidéo. On croit voir des tâches rouges ressemblant à des cercles proportionnels qui évoquent encore une maladie de peau. Mais les dialogues du film, qui sont de Jules Romains, parlent de petits drapeaux figurant individuellement chaque malade régulier.

La vidéo permet de voir comment la carte est mise en scène. Contrairement aux deux graphiques qui bénéficient chacun d’un plan d’insert, dans lesquels Knock signale d’un mouvement de main la courbe ascendante du nombre de malades, la carte accrochée dans le décor derrière les personnages ne fait pas l’objet d’un cadrage spécifique. C’est par de petits mouvements de la main au-dessus de la carte pendue au mur que Knock décrit sa stratégie de fragmentation pour réduire la résistance du hameau de Chabrières.

La carte de la pénétration médicale (Knock, 1951)

Dans la pièce comme dans le film, cette carte de la pénétration médicale emprunte au registre militaire (punaises ou drapeaux). Sa fonction est opérationnelle. Avec elle Knock planifie et visualise l’offensive qu’il mène pour transformer en malades tous les habitants du canton. Knock se livre en effet à une véritable opération de conquête territoriale. Il investit petit à petit toutes les positions de l’ennemi pour les réduire une à une et étendre son emprise spatiale jusqu’à parvenir à la domination totale du canton.

Au-delà de l’humour, une lucide inquiétude?

La pièce de Romains fut un immense succès à sa création et reste très célèbre, en partie grâce aux films avec Jouvet. Longtemps étudiée en classe, elle est devenue une sorte de référence populaire. On s’en souvient comme d’une pièce comique un peu démodée qui met en scène un faux médecin abusant de la crédulité de villageois naïfs et crédules, dans la vieille lignée de pièces moquant les médecins charlatans comme Le Médecin malgré lui de Molière. C’est un malentendu. Sous ses apparences de farce aux réparties savoureuses (« ça vous chatouille, ou ça vous gratouille ? »), la pièce est plus noire qu’on ne le croit. Comme le rappelle Eve Mascarau, Georges Pitoëff dès avant la création de la pièce en 1923, s’était déjà montré sensible à sa dimension inquiétante. Jouvet affirme qu’il l’avait supplié de lui céder la pièce alors qu’il était en pleine répétition de la création. Pitoëff voulait la monter non comme une comédie mais comme un drame. » C’est […] l’affreuse tragédie de notre époque qui s’exprime… Il y a là une horreur magnifique… C’est une pièce macabre », soutenait-il à Jouvet. Elle ne fut plus beaucoup jouée après la mort de ce dernier en 1951, année de la sortie du film de Lefranc. Sans doute le personnage de Knock était-il indissolublement lié dans l’esprit du public à la personne de Jouvet. Quand Nikson Pitaqajs la reprit dans les années 2000, il lui donna un autre sous-titre très significatif du nouvel intérêt contemporain de la pièce : Knock, une manipulation à grande échelle.

En effet, sous ses dehors farcesques et hénaurmes, Knock distille au fur et à mesure qu’elle se déroule un malaise et une angoisse de plus en plus nets. Le premier acte est consacré à la rencontre entre Knock et Parpalaid à l’occasion de la cession du cabinet médical de ce dernier. Sur le mode d’une joute verbale spirituelle et ironique qui présente les personnages, se construit leur opposition personnelle mais aussi théorique. Deux médecines s’affrontent, celle traditionnelle et bonhomme, pour ne pas dire paresseuse de Parpalaid ; celle moderne, efficace et offensive de Knock. Le deuxième acte est consacré aux rencontres de Kock avec les habitants de Saint-Maurice, le tambour de ville mobilisé pour la communication, divers notables puis les patients de conditions variées qu’il invite à venir le consulter gratuitement. Nous voyons à l’œuvre les méthodes de persuasion et de subjugation de Knock pour rallier à son projet, sans qu’ils s’en rendent compte, l’instituteur et le pharmacien et convaincre les patients attirés par la gratuité des visites qu’ils sont malades. C’est le moment de la farce grinçante. Le troisième acte est celui du triomphe de Knock et de la défaite de Parpalaid, contraint de constater l’emprise totale de son collègue sur le canton, et progressivement convaincu par celui-ci qu’il est lui même malade. Ce troisième acte articule deux moments. Les premières scènes nous donnent à voir par l’intermédiaire de Parpalaid le système industriel et rationnel de soins instauré par Knock. La scène VI contient l’exposé de la méthode de Knock, avec ses graphiques, ses fichiers et ses cartes. Elle marque la deuxième confrontation des deux médecins. Romains suggère bien le tournant que marque cette scène par cette didascalie :

A partir de ce moment et jusqu’à la fin de la pièce, l’éclairage de la scène prend peu à peu les caractères de la Lumière Médicale, qui, comme on le sait, est plus riche en rayons verts et violets que la simple Lumière Terrestre.

A ce moment la pièce bascule dans une sorte de fable fantastique et cauchemardesque, même si le ton en reste enjoué. La victoire de Knock est consommée. L’hôtel est devenu un hôpital. La population se partage en deux uniques groupes, les malades et leurs soignants, une rotation des rôles étant organisée par le docteur pour permettre le maintien de fonctions sociales minimales. Dans cet univers insensé, entièrement conçu et réalisé selon les plans de Knock, tout se plie aux intérêts d’un principe que Kock place au-dessus de tous les autres, celui de la médecine. La pièce se termine dans une sorte d’asile immaculé où patients et malades habillés de blanc circulent tels des aliénés en camisole selon un ballet parfaitement organisé.

Knock, ou le triomphe des techniques d’information et de communication

Knock n’est donc pas seulement un charlatan aux pouvoirs de suggestion hors du commun qui persuade ses patients qu’ils sont malades pour en tirer profit. Comme il le dit ironiquement à Parpalaid dans la scène VI:

Vous devinez que je ne tiens plus à l’argent dès lors que j’en gagne beaucoup.

L’appât du gain le motive bien sûr mais le principe de son action est ailleurs. Son véritable moteur est de nature plus énigmatique et complexe. Il relève d’un idéal de Raison, mais pas de Science dont Knock a « le style » mais pas le savoir, d’une recherche politique d’organisation sociale parfaite, voire d’une religion laïque. Knock lui-même exprime la multiplicité de ses aspirations vers la fin de l’acte I :

Il n’y a de vrai, décidément, que la médecine, peut-être aussi la politique, la finance et le sacerdoce que je n’ai pas encore essayés.

Knock est donc tout à la fois un entrepreneur capitaliste qui crée un nouveau marché, un idéologue qui entend plier la réalité à son système, un scientifique qui expérimente une nouvelle méthode fondée sur le primat de l’organisation et de l’efficacité, un chef spirituel qui manipule les âmes et fait en retour l’objet d’une quasi adoration et, enfin, un réformateur politique qui assujettit toute une population au nom d’un idéal…

En 1923, ce texte apparemment écrit pour divertir dresse, au-delà d’une satire féroce de la lâcheté et de de la complaisance des individus, un portrait visionnaire de la société de masse qui émerge avec le siècle. C’est l’apparition du modèle d’organisation scientifique du travail porté par la grande firme industrielle accompagné des nouveaux moyens de manipulation des opinions par la publicité et les médias. Bientôt vont s’instaurer par le mensonge et la persuasion des régimes autoritaires dirigés par des guides au pouvoir absolu dont l’idéologie s’appuie sur un idéal abstrait érigé en principe scientifique… Extrapolation anachronique? Cette phrase de Knock ne présage-t-elle pas cet « Homme Nouveau » qu’entendent forger les régimes totalitaires ?

Vous me donnez un canton peuplé de quelques milliers d’individus neutres, indéterminés. Mon rôle, c’est de les déterminer, de les amener à l’existence médicale.

La carte de Knock n’est en fait qu’un élément dans l’ensemble du travail spécifique et systématique de relevé, d’analyse et de communication des données indispensables au mode d’organisation scientifique de la société moderne :

Le Docteur
Vos informations à vous, d’où viennent-elles ?
KNOCK, souriant
De bien des sources. C’est un très gros travail.

Cette nouvelle rationalité organisationnelle importée des États-Unis articule planification, standardisation, rationalisation, reporting et publicité. Elle ²porte à un niveau inédit les capacités d’emprise des organisations sur les consciences individuelles. Ce mode nouveau de sujétion des hommes par la suggestion repose sur une gestion rationnelle et systématique de l’information. La carte témoigne dans l’ordre spatial de l’emprise totale que Knock entend détenir, non seulement sur une population, mais sur le territoire qu’elle habite, qu’il entend connaître dans le moindre détail et régir de manière absolue. Chaque malade doit donc être transcrit sur la carte par un point rouge. Mais la carte de Knock est plus qu’un simple reflet, une formelle transcription abstraite de la réalité. C’est aussi – comme les fiches et les graphiques – un objet par lequel Knock éprouve véritablement la réalité de son emprise sur les hommes et le territoire. On le devine dans le plaisir évident qu’il prend à les exposer au Docteur Parpalaid.

De la carte au paysage

« La nuit, c’est encore plus beau, car il y a les lumières ». (Knock, 1951)

Le fantasme d’emprise totale de Knock dépasse ces plates effigies sur papier. Elle se prolonge dans le domaine sensible ; elle doit se voir, s’entendre, se respirer directement dans la réalité. Chacun des points rouges dessinés sur la carte trouve sa correspondance au crépuscule dans la lampe qui s’allume dans le logement du malade, l’ensemble de ces lumières formant un paysage que Knock contemple devant sa fenêtre. C’est le génie de Jules Romains d’avoir su exprimer dans un commentaire géographique de belle tenue cette obsession du contrôle absolu de Knock emporté dans une exaltation qui confine au délire :

KNOCK

Parbleu! (Il remonte vers le fond de la scène et s’approche d’une fenêtre.) Regardez un peu ici, docteur Parpalaid. Vous connaissez la vue qu’on a de cette fenêtre. Entre deux parties de billard, jadis, vous n’avez pu manquer d’y prendre garde. Tout là-bas, le mont Aligre marque les bornes du canton. Les villages de Mesclat et de Trébures s’aperçoivent à gauche; et si, de ce côté, les maisons de Saint-Maurice ne faisaient pas une espèce de renflement, c’est tous les hameaux de la vallée que nous aurions en enfilade. Mais vous n’avez dû saisir là que ces beautés naturelles, dont vous êtes friand. C’est un paysage rude, à peine humain, que vous contempliez. Aujourd’hui, je vous le donne tout imprégné de médecine, animé et parcouru par le feu souterrain de notre art. La première fois que je me suis planté ici, au lendemain de mon arrivée, je n’étais pas trop fier; je sentais que ma présence ne pesait pas lourd. Ce vaste terroir se passait insolemment de moi et de mes pareils. Mais maintenant, j’ai autant d’aise à me trouver ici qu’à son clavier l’organiste des grandes orgues. Dans deux cent cinquante de ces maisons – il s’en faut que nous les voyions toutes à cause de l’éloignement et des feuillages – il y a deux cent cinquante chambres où quelqu’un confesse la médecine, deux cent cinquante lits où un corps étendu témoigne que la vie a un sens, et grâce à moi un sens médical. La nuit, c’est encore plus beau, car il y a les lumières. Et presque toutes les lumières sont à moi. Les non-malades dorment dans les ténèbres. Ils sont supprimés. Mais les malades ont gardé leur veilleuse ou leur lampe. Tout ce qui reste en marge de la médecine, la nuit m’en débarrasse, m’en dérobe l’agacement et le défi. Le canton fait place à une sorte de firmament dont je suis le créateur continuel. Et je ne vous parle pas des cloches. Songez que, pour tout ce monde, leur premier office est de rappeler mes prescriptions; qu’elles sont la voix de mes ordonnances. Songez que, dans quelques instants, il va sonner dix heures, que pour tous mes malades, dix heures, c’est la deuxième prise de température rectale, et que, dans quelques instants, deux cent cinquante thermomètres vont pénétrer à la fois…

LE DOCTEUR, lui saisissant le bras avec émotion.

Mon cher confrère, j’ai quelque chose à vous proposer.

On n’insistera pas sur la virtuosité ironique avec laquelle Jules Romains mêle dans ce passage envolée grandiose et trivialité. Mais on ne peut s’empêcher de faire remarquer que la représentation abstraite et quantifiée affichée dans le cabinet doit nécessairement capter ses informations directement dans l’univers physique. Elle le fait par le truchement d’un instrument scientifique, le thermomètre. Celui-ci n’est pas étranger au nom que Romains choisit pour désigner le phénomène dont rend compte la carte de Knock, celui de la « pénétration médicale ».

English

(translated with deepl)

Shuffling the maps with Jules Romains 2) Knock

The premiere of Knock took place in 1923 at the Comédie des Champs-Elysées, directed by Louis Jouvet. There he played the role of Knock as in his many subsequent revivals in the theatre and in the two films that were made from it, one in 1933 and the other in 1951. Two other films have been adapted from the play; the first as early as 1925, the second very recently in 2017, in which Omar Sy plays Knock and whose script differs significantly from that of Jules Romains. The illustrations in this note come from the most famous film, directed by Guy Lefranc in 1951.

Let’s go back to the play’s argument. Doctor Knock bought Dr. Parpalaid’s clientele in Saint-Maurice, a mountain village possibly located in the Alps, at least at some distance from Lyon, where Parpalaid will settle to finish his career. Knock discovers on his arrival that this clientele is rare. But he will develop it quickly thanks to the completely new methods he conceptualized in his thesis of

thirty-two pages in-octavo: On the so-called states of health, with an epigraph I attributed to Claude Bernard: « Healthy people are sick people who ignore each other ».

Knock’s map

The map comes at the end of the play, when Parpalaid returns to Saint-Maurice 3 months after the installation of Knok to receive the last instalment of his payment. He then discovers that Knok has prodigiously developed his clientele through free consultations, during which he persuades the inhabitants of Saint-Maurice that they are sick, must go to bed immediately and follow the paid treatments of the good doctor.

To demonstrate his success, Knock first presents Dr. Parpalaid with two ascending curves that show the number of his consultations and the number of his patients at home, which reach heights the old doctor never imagined. He discovers that Knock also keeps a file of all his patients whose incomes he knows better than the tax inspector. Understandably, he uses this information to adjust the cost of his treatments to the means of the « patient ».

Knock conduit ensuite Knock then leads Parpalaid towards the wall of his cabinet:

KNOCK, smiling.
Look at this: it’s pretty, isn’t it?
THE DOCTOR
Looks like a map of the county. But what do all those red dots mean?
KNOCK
It’s the card of medical penetration. Each red dot indicates the location of a regular patient. A month ago you would have seen a huge gray spot here: the Chabrières stain.
THE DOCTOR
Please?
KNOCK
Yes, named after the hamlet that formed its centre. My efforts over the past few weeks have been focused on that. Today, the stain hasn’t disappeared, but it is fragmented. Isn’t it? It’s hardly noticeable.

We deduce from these dialogues that Knock’s map is a punctual map of the « bugs » type, on which each regular Knock patient is materialized by a red dot, a semiological choice reminiscent of a skin rash such as eczema or chicken pox and which refers, consciously or unconsciously, to the medical universe.

The map we see in the 1951 film directed by Guy Lefranc is not very distinct. It appears like red spots resembling proportional circles that still evoke a skin disease. But the dialogues in the film, which are by Jules Romains, speak of small flags depicting each regular patient individually.

The video shows how the map is staged. Contrary to the two graphics, each with an insert shot, in which Knock signals with a hand movement the rising curve of the number of patients, the map hung in the background behind the characters is not specifically framed. Knock describes his strategy of fragmentation to reduce the resistance of the hamlet of Chabrières by small hand movements above the map hanging on the wall.

In the room as in the film, this map of medical penetration borrows from the military register (pins or flags). Its function is mainly operational. With it Knock plans and visualizes the offensive he is carrying out to turn all the inhabitants of the county into medical patients. Knock engages in a real operation of territorial conquest. Little by little, he invests all the enemy’s positions to reduce them one by one and to extend his spatial hold until he achieves total domination of the county.

Beyond humor, a lucid concern?

Romains’ play was a huge success at its creation and remains very famous, partly thanks to the films with Louis Jouvet. Studied in class for years, it has become a kind of popular reference. It is remembered as a somewhat old-fashioned comedy play featuring a fake doctor abusing the credulity of naive and gullible villagers, in the old line of plays mocking charlatan doctors such as Molière’s Le Médecin malgré lui. This is a misunderstanding. Beneath its appearance of a farce with tasty repartees (« Does it tickle you, or does it itch you? »), the room is darker than often believed. As Eve Mascarau reminds us, Georges Pitoëff, even before the creation of the play in 1923, had already shown himself sensitive to its disturbing dimension. Jouvet affirms that he had begged him to give him the play while he was in the middle of the rehearsal of the creation. He wanted to stage it not as a comedy, but as a drama. » It’s […] the awful tragedy of our time that is expressed… There is a magnificent horror… It’s a macabre play, » he told Jouvet. The palay was not performed much after his death in 1951, the year Lefranc’s film was released. No doubt the character of Knock was indissolubly linked in the public’s mind to the person of Jouvet. When Nikson Pitaqajs took it up again in the 2000s, he gave it another very significant subtitle of the play’s new contemporary interest: Knock, a large-scale manipulation.

Indeed, underneath its farcical and exagerated exterior, Knock distils as it unfolds an increasingly clear uneasiness and anxiety. The first act is devoted to the meeting between Knock and Parpalaid on the occasion of the sale of the latter’s medical practice. In a witty and ironic verbal joust that introduces the characters, it constructs their personal but also theoretical opposition. Two medicines confront each other, the traditional and artless, not to say lazy, medicine of Parpalaid; the modern, efficient and offensive medicine of Knock. The second act is devoted to Kock’s encounters with the inhabitants of Saint-Maurice, the town drummer mobilized for communication, various notables, and then patients of various conditions whom he invites to come and consult him free of charge. We see Knock’s methods of persuasion and subjugation at work in order to rally the teacher and the pharmacist to his project without their realizing it, and to convince the patients attracted by the free visits that they are ill. It’s time for the squeaky joke. The third act is the time of Knock’s triumph and Parpalaid’s defeat, forced to note Knock’s total hold on the county, and gradually convinced by his « colleague » that he himself was ill. This third act articulates two moments. The first scenes give us to see through Parpalaid the industrial and rational system of care established by Knock. Scene VI contains the exposition of Knock’s method, with its graphs, files and maps. It marks the second confrontation between the two doctors. By this didascalia, Romains suggests that this scene is a turning point:

From that moment and until the end of the play, the lighting of the stage gradually takes on the characteristics of Medical Light, which, as we know, is richer in green and violet rays than simple Terrestrial Light.

At this moment the play turns into a kind of fantastic and nightmarish fable, even if the tone remains playful. Knock’s victory is consummated. The hotel has become an hospital. The population is divided into two unique groups, the patients and their carers, with a rotation of roles organised by the doctor to keep on minimal social functions. In this senseless universe, entirely designed and built according to Knock’s plans, everything is in the interest of a principle that Kock places above all others, that of medicine. The play ends in a kind of immaculate asylum where patients and sick people dressed in white circulate like madmen in a straitjacket according to a perfectly organized ballet.

Knock, or the triumph of information and communication technology

Knock is not just a charlatan with extraordinary powers of suggestion who persuades his patients that they are sick in order to take advantage of them. As he ironically says to Parpalaid in scene VI: « You can tell that I don’t care about money when I make a lot of it ». The lure of gain motivates him, of course, but is not the principle of his action. Its real driving force is more enigmatic and complex in nature. It is based on an ideal of Reason, but not on Science, which Knock has « the style » but not the knowledge, on a political search for perfect social organization, which resembles a secular religion. Knock himself expresses the multiplicity of his aspirations towards the end of Act I :

There is no truth, decidedly, that medicine, perhaps also politics, finance and the priesthood that I have not yet tried.

Knock is thus at once a capitalist entrepreneur who creates a new market, an ideologue who intends to bend reality to his system, a scientist who experiments with a new method based on the primacy of organization and efficiency, a spiritual leader who manipulates souls and in return is almost worshipped, and, finally, a political reformer who subjugates an entire population in the name of an ideal …

In 1923, this text, apparently written for entertainment purposes, drew, beyond a ferocious satire of the cowardice and complacency of individuals, a visionary portrait of the mass society that emerged with the century, characterized by the model of scientific organization of work coming with the great industrial firm and by the appearance of new means of manipulating opinions through advertising and the media. Soon, authoritarian regimes will be established through lies and persuasion, led by guides with absolute power whose ideology is based on an abstract ideal erected as a scientific principle . Anachronistic extrapolation? Doesn’t this passage by Knock evoke the « New Man » of totalitarian regimes?

You give me a canton populated by a few thousand neutral, indeterminate individuals. My job is to determine them, to bring them to medical existence.

Knock’s map is in fact only one element in the specific and systematic work of collecting, analysing and communicating the data essential to the scientific organisation of modern society:

The Doctor: your information, where does it come from?

KNOCK, smiling: From many sources. It’s a very big job.

This new organizational rationality imported from the United States articulates planning, standardization, rationalization, reporting and advertising and raises to an unprecedented level the ability of organizations to control individual consciences. This new way of subjugating people through suggestion is based on rational and systematic information management. The map shows in spatial order the total hold that Knock intends to have, not only over a population, but over the territory it inhabits, which he intends to know in the slightest detail and to govern in an absolute manner. Each patient must therefore be transcribed on the map by a red dot. But Knock’s map is more than a simple reflection, a formal abstract transcription of reality. It is also – like cards and graphs – an object through which Knock truly experiences the reality of his hold on people and territory. This can be guessed from the obvious pleasure he takes in exposing them to Doctor Parpalaid.

From map to landscape

Knock’s fantasy of total control goes beyond these paper images. It extends into the sensitive realm; it must be seen, heared, and breathed directly into reality. Each of the red dots drawn on the map finds its correspondence at dusk in the lamp that lights up in the patient’s apartment, all these lights forming a landscape that Knock contemplates in front of his window. It is the genius of Jules Romains to have been able to express this obsession with Knock’s absolute control in a geographical commentary of beautiful outfit, carried away in an exaltation that borders on delirium:

KNOCK
Oh, boy! (He goes to the back of the stage and approaches a window.) Take a look here, Dr. Parpalaid. You know the view from that window. In between games of billiards, in the old days, you couldn’t help but notice it. All the way over there, Mount Aligre marks the boundary of the county. The villages of Mesclat and Trébures can be seen on the left; and if, on this side, the houses of Saint-Maurice were not a kind of bulge, it is all the hamlets of the valley that we would have in a row. But you must have grasped there only those natural beauties, of which you are fond. It’s a rugged landscape, barely human, that you’re contemplating. Today, I give it to you all impregnated with medicine, animated and traversed by the underground fire of our art. The first time I stood here, the day after my arrival, I wasn’t too proud; I felt that my presence didn’t carry much weight. This vast terroir was sunless of me and my kind. But now, I feel as comfortable here as the organist of the great organs does at his keyboard. In two hundred and fifty of these houses – we have to see them all because of the distance and the foliage – there are two hundred and fifty rooms where someone confesses to medicine, two hundred and fifty beds where an extended body testifies that life has a meaning, and thanks to me a medical meaning. At night it is even more beautiful, because there are lights. And almost all the lights are mine. The unhealthy sleep in darkness. They are suppressed. But the sick have kept their night-light or their lamp. Anything that’s left outside of medicine, the night gets rid of, takes away the annoyance and the challenge. The canton gives way to a kind of firmament of which I am the continual creator. And I’m not talking about the bells. Consider that, for all these people, their first office is to recall my prescriptions; that they are the voice of my ordinances. Think that in a few moments it will ring ten o’clock, that for all my patients, ten o’clock is the second rectal temperature reading, and that in a few moments two hundred and fifty thermometers will penetrate at the same time…

THE DOCTOR, grabbing his arm with emotion.
My dear colleague, I have something to propose to you.

We will not insist on the ironic virtuosity with which Jules Romains associates in this passage grandiose flight and triviality. But one cannot help pointing out that the abstract and quantified representation displayed in the cabinet must necessarily capture its information directly in the physical universe through a scientific instrument, the thermometer, which is expressed very directly by the name Knock gives to his « medical penetration » map.

Reference/Référence

  • Work Title/Titre de l’œœuvre : Knock
  • Author/Auteur : Jules Romains
  • Year/Année : 1923
  • Field/Domaine : Théâtre
  • Type : Pièce
  • Edition/Production :
  • Language/Langue : Fr
  • Geographical location/localisation géographique : Saint-Maurice (fictif) #France
  • Remarks/Notes:
    • Machinery/Dispositif : Carte
    • Location in work/localisation dans l’œ’oeuvre : Acte III cènes VI
    • Geographical location/localisation géographique :
    • Remarks/Notes :

  • Work Title/Titre de l’œœuvre : Knock
  • Author/Auteur : Guy Lefranc
  • Year/Année : 1951
  • Field/Domaine : Cinéma
  • Type : Film
  • Edition/Production :
  • Language/Langue : Fr
  • Geographical location/localisation géographique : Saint-Maurice (fictif) #France #Neauphle-le-Château
  • Remarks/Notes:
    • Machinery/Dispositif : Carte
    • Location in work/localisation dans l’œ’oeuvre : aux 2/3 du film
    • Geographical location/localisation géographique :
    • Remarks/Notes :

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