Dans le film Digger, la bande annonce et l’affiche du film donnent une place centrale à un globe terrestre. Le globe se trouve bien dans le film, même si la scène elle-même n’y figure pas. Quelle est la signification du globe dans Digger ?
In the movie Digger, the trailer and movie poster feature a globe in a prominent position. The globe does indeed appear in the movie, even though the scene itself is not shown. What does the globe symbolize in Digger?
La bande annone et l’affiche
Bande annonce et affiche sont évidemment un clin d’oeil à la fameuse scène du film de Chaplin, dans lequel le dictateur Hynkel prenait le globe à bras le corps et l’entraînait dans une danse amoureuse. Dans celui d’Iñárritu, le richissime magnat du pétrole Digger Rockwell, un autre empereur du monde en son genre, foule au pied un globe, le piétine au sens propre et figuré, après avoir exploité sans précaution les ressources de son sous-sol au point de créer un cataclysme mondial. Comme dans le dictateur, le globe tourne sur lui-même, mais il est cette fois contraint sur son axe de rotation et non libre comme l’air. La différence vient du fait que Rockwell domine déjà le monde par son pétrole alors qu’Hynkel rêve encore de le posséder par son armée. Et, contrairement à Une génération se rebelle de Linklater, où l’activation de la rotation du globe était le signal d’un désordre attendu, dans Digger c’est le signe illusoire de l’affirmation d’une maîtrise de l’ordre existant1.
Lien vers la bande annonce en français
Le film
Dans le film, le globe se trouve dans la pièce où travaille Rockwell. Il occupe le centre du bureau circulaire qui supporte son ordinateur et sur lequel il grimpe pour le plan de la bande-annonce. Dans le film, ce n’est pas Rockwell qui le met en rotation d’un coup de talon, mais sa demi-sœur, présidente d’une compagnie de promotion des énergies renouvelables financée par Rockwell. Elle lui donne une impulsion d’un geste négligent de la main, symbole du peu d’intérêt qu’elle porte en fait au devenir de la Terre.
Cette scène a un pendant plus tard dans le film quand Rockwell vient dans la salle du « Conseil européen » pour se défendre d’avoir déclenché une catastrophe mondiale. Au moment où il reconnaît sa culpabilité mais décline sa responsabilité en l’attribuant à l’ensemble de ceux qui utilisent et consomment du pétrole, qui le supplient de contribuer à forer car ils ont besoin de pétrole, la plateforme circulaire sur laquelle il se tient se met à tourner sur elle-même, comme si son discours révolutionnaire (aux deux sens du terme) allait entraîner dans son orbe tous les hommes politiques européens présents dans la salle. La réunion se termine finalement en pugilat général, signe d’un impossible accord universel, qu’il soit contre ou avec Rockwell..
Que penser du film ?
Qui verra le film comprendra le problème qu’il doit traiter. Son parti-pris est de mettre en relation une figure individuelle hors du commun et une catastrophe globale en ne montrant que des représentations (au sens théâtral) de la catastrophe elle-même (des décideurs épouvantés par des images que le spectateur ne voit pas puis des animations cartographiques régionales à destination des décideurs et enfin des images vidéo de vagues submersives et de destructions retransmises sur les télés en continu. La scène de l’affiche et de la bande annonce fait donc un court-circuit entre la personne du magnat du pétrole et la catastrophe globale qu’il a causée, que le film s’est donné comme objectif d’étendre et développer.
L’accueil controversé du film s’explique par la manière provocatrice dont il procède. On peut lui reprocher de dissimuler derrière la forme d’une farce grotesque et outrancière une critique violente et méchante qui cible, explicitement ou implicitement, les responsables de cette situation. On reconnaît Donald Trump et son gouvernement d’idéologues fanatiques, les grands actionnaires du capitalisme fossile, la droite réactionnaire et religieuse américaine et la classe des ultra-riches du monde entier. Mais ce choix esthétique peut s’expliquer par la difficulté à financer un film comme celui-ci aujourd’hui aux États-Unis. Une critique plus profonde est que le film semble lui-même conclure que le type de satire qu’il a choisi n’aura aucun effet et n’empêchera pas le cataclysme. Cynisme ou dépit des créateurs ? Le spectateur finit par se demander si le jeu en valait la chandelle et le coût d’un film à gros budget. Digger n’en appelle pas moins à réfléchir sur la situation dangereuse dans laquelle nous sommes, et ses derniers plans, peu évoqués par les critiques, sont saisissants.
Merci à Véronique André-Lamat d’avoir attiré mon attention sur le film et son intérêt pour SPHEROGRAPHIA.Imaginations
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- Digger est aussi très inspiré par Dr Stangelove (Docteur Folamour) dans lequel Stanley Kubrick traite sur le mode satirique du risque nucléaire. Il en reprend plusieurs scènes devenues classiques comme la war room et aussi le caractère grotesque des « décideurs » américains. ↩︎
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- Work Title/Titre de l’œuvre : Digger
- Author/Auteur :Alejandro González Iñárritu
- Year/Année : 2026
- Field/Domaine : Cinéma
- Type : Satire, farce, film catastrophe
- Edition/Production : : Legendary Pictures, TC Productions et M Productions
- Language/Langue : en
- Geographical location/localisation géographique : #Etats-Unis #New-York #Europe #Sibérie
- Remarks/Notes:
- Machinery/Dispositif :
- Location in work/localisation dans l’oeuvre : bande annonce, affiche
- Geographical location/localisation géographique :
- Remarks/Notes :




